jeudi 21 mai 2020

Combine

Il y a quelques jours je relisais deux vieux billets de blog écrits au moment où Emmanuel Macron démissionnait du gouvernement. A l'époque (août 2016), j'étais persuadé qu'il s'agissait d'une combine pour ramener des électeurs vers un vieux ténor de la droite ou une combine pour lancer François Hollande vers sa réélection. C'était à une époque où je ne croyais pas à la puissance de frappe d'une petite structure qui ne se voulait ni de droite ni de gauche mais qui était en fait bien de droite et de droite mais ouvertement accessible aux moins gauchistes de mes anciens camarades.

Aujourd'hui l'annonce ne ressemble pas, même de loin, au séisme de la démission de Macron pour tracer seul sa route, mais cette annonce de fin de majorité absolue pour le groupe La République En Marche ressemble tout de même à une belle combine pour préparer le terrain pour 2022. Que s'est-il passé en pleine obsession du déconfinement ? Le groupe En Marche à l'Assemblée Nationale a vécu un drame que même les frondeurs de Hollande n'avaient pas osé, il y a eu scission ! 17 parlementaires, la rage au ventre, ont quitté le groupe de la majorité présidentielle pour former un groupe "Ecologie Démocratie Solidarité" (EDS). La rage au ventre ? Pas vraiment...

Leur déclaration ressemble à un pur produit estampillé En Marche ! Il veulent "de l'audace, de l’ambition, de la rupture". Surtout il ne s'affirme pas comme un groupe d'opposition au gouvernement, ils restent donc des soutiens officiels du gouvernement, tout comme les groupes "Modem et apparentés", "UDI, Agir et Indépendants" ou "Libertés et territoires". Au final, ils sont 378 députés sur les 577 à siéger à l'Assemblée Nationale sans se considérer comme faisant partie de l'opposition. A noter que les membres du groupe "UDI, Agir et Indépendants" se sont exclus de l'opposition en septembre 2019 en faisant modifier la description de leur groupe parlementaire. Ils se garantissent ainsi une meilleure visibilité tout en ne mettant pas en danger l'équilibre des forces en présence.

C'est pourquoi cette soi-disant fin de la majorité absolue pour En Marche ressemble à une grosse combine pour essayer de convaincre qu'Emmanuel Macron est ouvert au delà de son parti, qu'il gouverne au delà des clivages gauche-droite. C'est aux parlementaires proches de l'UDI et d'Agir de servir de faire valoir à droite, aux parlementaires de Libertés et territoires de montrer qu'Emmanuel Macron n'est pas qu'un technocrate parisien, et à présent aux parlementaires de "Europe Démocratie Solidarité" d'être cette fameuse "aile gauche" de l'action présidentielle.

Le gouvernement est en pleine préparation de l'après-Covid. Cette période, où le Président de la République nous demandera une union nationale pour nous reconstruire comme avant lui des chefs militaires l'ont fait à la sortie des grandes guerres, n'est pour eux que cette période pré-2022 où le Président surement candidat devra réussir le tour de force d'apparaitre toujours rassembleur dans une France qu'il aura divisée comme jamais (et pourtant Sarkozy et Hollande auront été clivants, chacun dans leurs styles).

Nous saurons aussi ce vendredi si les municipales se tiendront fin juin ou en janvier. Ici aussi on pourra voir si le gouvernement veut jouer aux vieilles combines ou bien respecter un tant soit peu la démocratie. Dans tous les cas de figure il se prendra des remarques. Mais en cas de report après la fin juin, on ne pourra que le suspecter de vouloir rejouer le match en changeant les effectifs afin de sauver un peu plus la mise dans les grandes villes afin de laver l'affront du premier tour. D'ailleurs, aux rayons combines, on a un bel exemple avec Cédric Villani qui rejoint le nouveau groupe EDS à l'Assemblée Nationale mais qui se propose pour remplacer Agnès Buzyn comme tête de liste à Paris. On assiste là à une nouvelle illustration du "en même temps" présidentiel, en dehors d'En Marche au Parlement et en même temps à l'intérieur d'En Marche si besoin au Conseil de Paris...

Peut-être que ces combines ne sont que cynisme pour garder le pouvoir. Peut-être que ces combines sont la preuve que ce n'est pas le nouveau monde qui a été porté au pouvoir en 2017 mais juste d'autres têtes de l'ancien monde. Peut-être que ces combines sont les premiers signes du déclin d'un groupe qui a gravi trop vite les échelons. Peut-être...

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