vendredi 3 juillet 2020

Con comme raciste

Je me présente. J'ai écrit plusieurs billets, j'ai tenu un autre blog avant, mais en introduction de ce billet, je me sens obligé de me présenter. Je suis un homme blanc, cis, très proche de la quarantaine (l'âge pas la manière d'être confiné), habitant le centre de Paris.
Pourquoi ce préambule à présent ? Car malgré mon privilège blanc (volontairement sans guillemets), masculin, hétéro je suis choqué par l'actualité.

Ce lieu, ce blog, a été mon moyen d'expression de mon quotidien durant le confinement et les prémices du retour à la normale. Le retour à la normale n'est toujours pas d'actualité mais pour ceux qui suivent ces billets, la crèche et les bars/restaurants ont rouverts, ça correspond à des signes majeurs de retour à la normale. Pourtant aujourd'hui est arrivé par une singulière concomitance des articles accablants contre les violences policières majoritairement intervenues durant le confinement (même si on sent que c'est un malheureux hasard). Les Jours ont commencé une nouvelle obsession (une nouvelle série dans leur langue). Le premier épisode est accablant et ne donne pas envie de lire la suite, surtout si on vit bien dans un monde avec des œillères. Trois citoyens sont suivis.

Le premier, Malo, un enfant de 14 ans qui sort de sa barre HLM pour retrouver son camarade de collège. Il explique qu'à la vue des flics :
« Je ne sais pas pourquoi j’ai couru, je pense que j’ai eu peur de me prendre une amende parce que nous étions deux, je crois qu’on n’avait pas le droit de se retrouver. Je ne voulais pas rentrer à la maison avec une contravention. »
A cause de cette course, l'enfant (14 ans je le rappelle) a reçu : "une droite sur l’arcade gauche", "une énorme baffe sur la joue gauche", "Le policier m’écrasait le dos avec un genou et me faisait une clé de bras", des baffes pour ne pas avoir déverrouillé son téléphone... Enfin, ces racistes (ne les appelont pas par leur fonction par égard à ce qu'ils devraient représentaient), se rendent compte qu'ils ont à faire à un gamin de 14 ans. Leur réaction pleine d'excuse : "Si je te revois traîner, tu es mort ! Tu m’as bien compris ?"

Seconde personne, Ramatoulaye, sort faire des courses durant le confinement. Elle entendra ces propos : « Ferme ta gueule ! », « sale pute ! », « petite merde ! », « sale pétasse ! ». Ramatoulaye recevra des coups de Taser pour avoir osé faire des courses en période de confinement. Au final, elle sera emmenée au commissariat et mise en cellule durant une heure avec un vieil homme sous prétexte que "Tiens, rentre là-dedans choper le coronavirus." A l'heure de la publication de l'article, elle doit se contenter de ceci :
"Trois mois plus tard, la jeune femme ne comprend toujours pas pourquoi elle a été frappée, humiliée et placée en cellule. Elle s’en veut d’avoir fait une pause, de s’être arrêtée à la hauteur d’un fourgon de police. Son petit frère est traumatisé, confus : « Pour lui, les policiers, c’étaient des gentils. Maintenant, ce sont des méchants. » Elle espère qu’un procès lui permettra d’obtenir des réponses, d’être reconnue en tant que victime, d’obtenir justice."

Troisième cas, Madame Diallo. On est loin du confinement puisque l'histoire se déroule en 2015. Sans plus de raison valable : "un fourgon de police passe, s’arrête, les agents alignent les gamins face au mur, les fouillent et contrôlent leur identité." Son fils sera embarqué au commissariat alors que Madame Diallo propose aux agents de police racistes d'aller chercher les papiers d'identité du jeune homme restés dans son logement. Le fils de madame Diallo sera tout de même embarqué au commissariat. Ce "simple" contrôle d'identité n'attendra pas le retour de la mère. Au commissariat, cette femme se battera pour faire sortir son fils interpellé sans raison. Une fois sorti, son fils sera victime de représailles de la part des flics, tels de vulgaires voyous :
"« Je n’entends pas ce qu’il se passe mais je vois les policiers contrôler mon fils et lui écraser la tête contre le mur. » Le jeune de 16 ans se débat, il est mis au sol, menotté et frappé par cinq gardiens de la paix."

Ces témoignages sont des témoignages de violences policières où ni la police, ni l'IGPN n'a donné suite pour le moment. Hasard du calendrier, le site StreetPress publie également un résumé des actes racistes commis envers 39 personnes dans la ville d'Argenteuil. Dans ce récit, on retrouve les mêmes gestes : baffes, obligation (non légale) de déverrouiller le téléphone, violence supplémentaires car le téléphone déverrouillé n'amène à rien (logique...). On y comprend, comme dans "Faites entrer l'accusé", que le "gang à la Skoda noire" n'est que la "Brigade Anti Criminelle"...

N'en déplaise au ministre de l'Intérieur, les violences policières existent, verbalement, physiquement ou psychologiquement (je n'arrive pas à imaginer l'état d'un enfant de 14 ans à qui des policiers diraient "Si je te revois traîner, tu es mort !"). Étrangement, aucun autre ministre ne défend ses employés autant que le Ministre de l'Intérieur. Par exemple, dans l'Education Nationale et dans l'Enseignement Supérieur, ce sera "l'intérêt" de l'enfant, la compétitivité et l'autonomie des établissements qui seront protégés, au détriment des femmes et des hommes qui travaillent. A l'Intérieur, c'est l'inverse. Peu importe le fonctionnement raciste, sexiste, homophobe, l'important est de protéger les employés a contrario des autres ministères qui chercheront à mettre en avant leur public pour leurs réformes contestées (en décrypté : on ne touche pas au racisme institutionnalisé dans la Police mais on le combat à l'école).

Pour rassurer les aveugles qui ne veulent pas voir, oui ces comportements se produisent partout et tout le temps. Ce n'est pas l'apanage du ministre Castaner, ni de la France. En revanche, il est inadmissible qu'un ministre continue de cautionner ces actes. Il est inconcevable qu'il puisse exister une "police des polices" qui n'est rien à redire à ces témoignages. Il est hallucinant que des gens continuent à dire que certains délinquants sont morts à juste titre uniquement parce qu'ils avaient enfreint la loi. A tous ces gens, je leur propose de penser à leurs enfants, neveux et nièces, et toutes autres progénitures, afin de voir s'ils accepteraient tant de violence pour un geste hos la loi, aussi dangereux, aussi impliquant soit-il.

Je suis fier de l'abolition de la peine de mort prononcée par la Justice, ce n'est pas pour devoir subir par des personnes (représentant la justice ou l'ordre) un droit de punir par la mort ou par la violence tout délinquant pris sur le fait.

En attendant une prise de conscience des différentes directions nationales et régionales, il est difficile de conclure ce billet par 4 autres lettres que ACAB. Certes "Not all men", donc "Not all cops" mais si cette assertion déplait, alors agissez plutôt que de fermer les yeux.

lundi 8 juin 2020

Conclusion

Nous y sommes. On voit le bout de ce confinement. J'avais laissé une vie normale un dimanche soir de mi-mars. Il aura fallu attendre début juin pour commencer à retrouver cette normalité. Certes tout n'est pas exactement comme je l'avais laissé il y a près de trois mois. Le temps est un peu plus maussade (un comble !), le second tour des élections municipales approchent, on se croirait presque fin mars...

Depuis une semaine, la vie normale reprend doucement. Grande Fille a retrouvé avec joie sa crèche. Ses journées ne sont pas vraiment les mêmes que la dernière fois qu'on a quitté la crèche, quelques jours avant l'arrivée du printemps. A la crèche, on ne l'accompagne plus jusque dans sa salle, on se fait des bisous à travers mon masque pour se dire au revoir. Le soir, on récupère une fille heureuse et un mot lu par la directrice qui résume la journée. C'est un peu plus froid qu'avant, un peu à l'image de la météo actuelle.

Mon déconfinement ne devait commencer qu'à la réouverture des bars et des restaurants. Tous ne répondent pas encore présent, mais dès mardi j'ai pu retrouver ces petits plaisirs. Une entrecôte et une pinte de blonde auront été mon premier repas dans une terrasse qui afficha complet dès 12h30 (j'aurais cru qu'il y aurait eu plus de monde plus tôt). Le jeudi soir, j'ai aussi pu retrouver le plaisir de ces soirées entre amis. Même pour des taiseux, il y en a des choses à dire sur les derniers mois passés ! Quelques bières en terrasse, puis un diner dans un environnement un peu venteux mais chaleureux.

Pour fêter ce déconfinement, j'ai investi dans un vélo. C'était une volonté qui datait d'avant la crise pour me permettre de continuer un entrainement sportif sans mettre trop à mal mes genoux. Mais aujourd'hui il risque de servir plus que prévu. Comme beaucoup de personnes, je vais utiliser ce vélo pour me rendre par moment au travail. Il faut avouer qu'il est bien plus plaisant à piloter que ce bon gros Vélib que j'ai tant utilisé et que je continuerais surement à prendre de temps en temps. Ce sera pratique tant que les transports en commun ne seront pas suffisamment rassurant car je suis tout de même attaché à ces petits moments de lecture quotidiens dans le RER.
Pour le moment je continue à travailler de chez moi mais nous allons organiser un retour progressif dans les locaux. On devrait se limiter à 25% du personnel dans un premier temps. Ce jeudi sera mon premier jour. Je ne pense pas y retourner régulièrement avant début septembre mais j'ai hâte de voir à quoi ressemble en vraie l'organisation mise en place pour limiter les contacts.

Ce premier week-end de déconfinement pour ma famille est aussi le retour des parcs et des aires de jeux. On a retrouvé notre Jardin des Plantes et Grande Fille a hâte de retrouver les animaux de la ménagerie. Les toboggans sont toujours là et même si je ne suis pas vraiment sûr qu'on ait le droit de les utiliser, le sourire et la joie de Grande Fille sur les jeux m'avaient manqué. Ce week-end nous avons aussi célébré un autre déconfinement, celui du parvis de la cathédrale Notre-Dame. Plus d'un an que nous n'avions pas pu nous y rendre. Avec ce déconfinement c'est vraiment un retour vers notre vie d'avant qui débute.

Ce déconfinement débute, ce blog va prendre une autre forme. J'ai pris beaucoup de plaisir à mélanger vie privée et commentaires d'actualité sur ce confinement. Je suis heureux d'avoir tenu mon pari personnel de n'écrire que des billets avec un titre commençant par "Con" ou "Com". Une quarantaine de billets pour raconter une sorte de quarantaine collective, c'est un joli symbole. J'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver l'écriture. Même si le rythme n'est pas simple à tenir, je pense, j'espère réussir à continuer à faire vivre ce blog. Après tout, on est toujours le con de quelqu'un, et j'ai l'impression que je vais encore avoir beaucoup de choses à dire, il faut juste que j'arrive à trouver le temps.

Ce billet est donc plus la conclusion d'un chapitre que l'épilogue d'une histoire.

samedi 30 mai 2020

Consignes

Mardi matin Grande Fille reprendra le chemin de la crèche. J'ai hâte mais je me demande tout de même à quoi ressemblera cette "rentrée". Comment sera l'ambiance ? A quoi ressemblera une journée (bon cette question je me la pose même hors période exceptionnelle). Les transmissions et le dialogue entre le personnel encadrant et les parents peut-il se faire sereinement avec la distanciation nécessaire ?
En préparation du 11 mai, j'avais reçu une série de consignes pour la crèche, j'imagine qu'elles sont toujours d'actualité. La plupart d'entre elles s'appliquent ou s'adaptent à pas mal de situations de la vie courante quand on a des contacts avec l'extérieur, je vous en partage donc quelques unes.

La première consigne, simple et basique, est de ne pas de pointer à la crèche si on présente le moindre symptôme du COVID-19. En revanche il est fortement conseillé de consulter son médecin. Si on ne présente pas de symptôme, nous pouvons aller à la crèche. Ce ne sera pas en famille, un seul parent est accepté. De même il est demandé de ne pas venir avec les frères et soeurs. Cette restriction semble logique mais j'imagine que les familles qui viennent avec tout le monde, c'est aussi parce qu'il n'y a pas vraiment d'autre solution. Le matin, il faut amener tout le monde à l'école. Si l'école n'accueille pas les enfants ou si elle a des horaires décalés, que faire de l'enfant ? Les parents ne vont pas le laisser seul à la maison pendant que l'un d'entre eux va chercher le tout petit.
Avant d'aller à la crèche il nous faudra prendre la température de Grande Fille tous les matins pour la communiquer au personnel. On en a profité pour acheter un thermomètre à infrarouge pour éviter de longues batailles pour la mesure de la température toujours plus compliqué avec un thermomètre traditionnel. Surtout que le matin, chaque minute sera comptée. On nous demande de respecter notre créneau horaire d'arrivée. Cette consigne semble assez sérieuse puisqu'on nous a bien dit qu'il y avait une famille 5 minutes avant nous et une autre 10 minutes après nous. Ce sera la première fois qu'on va devoir respecter un horaire pour l'arrivée à la crèche. Nous qui avions l'habitude de trainer un peu en chemin avec Grande Fille en faisant du vélo ou en regardant les alentours... Ce sera pour nous une bonne préparation pour la rentrée à l'école maternelle de septembre où j'imagine que les horaires d'accueil sont aussi assez stricts.
Une fois à la crèche, le port du masque est obligatoire pour le parent, ainsi que l'utilisation du gel hydroalcoolique en entrant dans l'établissement. Même avec ces précautions, nous n'aurons pas le droit d'entrer dans les salles, tout se passera dans le hall d'entrée. Je suis curieux de voir l'organisation du personnel pour gérer l'accueil dans le couloir et les enfants dans les salles.

Ce genre de consignes sont mises en place un peu partout. Les entreprises ont toutes mis en place des sens de circulation dans leurs locaux pour éviter les rencontres. Ce qui peut poser problèmes aux personnes ayant des handicaps. Docteure me disait qu'à sa faculté, ils sont en train de préparer la rentrée avec le même genre de consignes. Une de ses collègues est aveugle et est guidée par un chien. Elle ne pourra donc pas revenir en présentiel tant que ces consignes s'appliqueront. Son chien est formé pour la guider vers les portes, pas pour suivre un parcours fléché jonché de sens interdit. De la même façon, sa cécité implique qu'elle doit toucher constamment le mobilier, tant de gestes proscrits. J'imagine qu'on peut surement faire une exception pour le sens de circulation en revanche c'est surement plus compliqué pour le côté tactile.

J'attends aussi de découvrir les consignes pour profiter des restaurants, du moins de leur terrasse dans un premier temps. J'imagine les serveurs obligatoirement masqués. Leurs conditions de travail ne seront pas optimum et j'espère qu'ils n'en souffriront pas trop entre la chaleur du masque, celle de l'extérieur et les distances parcourues entre les tables en terrasse et les cuisines.

La semaine prochaine va débuter mon déconfinement. Ces nombreuses consignes seront là pour me rappeler que la crise n'est pas encore finie. Elles sont aussi là en guise d'encouragement, encore un petit effort et tout ceci sera derrière nous.

jeudi 28 mai 2020

Concret

"Fais les valises, on rentre en Paris !"
Je fais mienne une des célèbres phrases de Georges Marchais. La situation est meilleure qu'à l'époque. Le premier secrétaire communiste aurait prononcé ces mot en 78 à sa femme alors qu'ils étaient en vacances et qu'il entendait François Mitterrand mettre à mal le Programme Commun. Aujourd'hui le déconfinement devient suffisamment concret pour qu'on puisse nous préparer à quitter l'Oise pour rentrer à Paris.

La condition sine qua non était le retour à la crèche. La bonne nouvelle se profilait depuis le début de la semaine. La confirmation est venue ce midi. Grande Fille va retourner à la crèche dès le mardi 02 juin. La crèche avait commencé le déconfinement en accueillant en tout et pour tout 10 enfants tout âge confondu. Plus tard, ils ont réussi à trouver les moyens pour ouvrir une deuxième salle et donc accueillir 20 enfants sur les 45 habituellement. Le 02 juin, ce sont 6 nouvelles places qui s'ouvrent. Si l'idée d'une place se faisait de plus en plus concrète ces derniers jours, il restait les derniers détails d'organisation. Allions nous retrouver la crèche à temps complet ou à temps partiel ? Ce sera un mix des deux. Les deux prochaines semaines, Grande Fille retrouvera la crèche tous les jours. Ensuite on partagera la place avec une autre famille en n'y allant que les 3 premiers jours de la semaine. Nous pouvons retourner à Paris pour télétravailler sans avoir à se préoccuper d'occuper Grande Fille tout le long de la journée. Quant à elle, elle va enfin retrouver des enfants de son âge pour jouer. Elle va aussi retrouver un environnement un peu plus "neutre" où elle ne sera plus la seule star et devra de nouveau partager l'attention. Ça changera des 11 dernières semaines.

Deuxième condition donnant envie de revenir, la réouverture tant attendue des parcs parisiens. C'était une aberration qui durait depuis le 11 mai. Les magasins, les supermarchés, le métro, trois endroits fermés et accueillants du monde avait eu l'autorisation d'ouverture. Les espaces verts parisiens étaient exclus, ce qui provoquait immanquablement des attroupements dans les rares endroits à l'air libre et ouverts. Leur réouverture va nous permettre de retrouver nos occupations du week-end (en attendant la réouverture de la ménagerie du Jardin des Plantes).

Troisième point rendant concret le déconfinement et donnant envie de rentrer à Paris, la réouverture des terrasses des bars et restaurants. Si le reste de la France va retrouver ses restaurants, nous allons nous contenter de nos terrasses dans une premier temps. Je ne pourrais pas encore revoir tous mes restaurateurs préférés mais au moins je vais pouvoir les premiers d'entre eux. J'avais un peu peur de ne pas être là pour leur retour. Non pas qu'être le premier est important mais je voulais leur montrer mon soutien. Je ne les ai pas applaudis à chaque déjeuner et chaque dîner mais le coeur y était. Ils étaient souvent dans nos discussions à table. J'ai vraiment hâte à présent de reprendre des discussions à leur table.

Depuis trois semaines, j'ai retrouvé mes parents après 2 mois sans voir personne. Pour la prochaine étape, je vais retrouver mon chez moi. Je ne vais pas retrouver de suite mes collègues et mon openspace. Je ne vais pas retrouver mes concerts et les festivals non plus. Mais pour la première fois depuis la mi-mars j'ai vraiment l'impression que le confinement approche de sa fin. Il ne va pas falloir faiblir. Les masques resteront un vêtement indispensable pour toute sortie. Je ne me sens pas prêt à retourner dans le métro ou le RER et si je dois retourner ponctuellement au bureau, je privilégierai le vélo. Avec tout ça, avec les premières réservations pour les vacances, le déconfinement se concrétise enfin !

lundi 25 mai 2020

Contour

Deux semaines, voilà deux semaines que le déconfinement a commencé. Si mes calculs sont bons, ça fait donc 10 semaines que nous sommes confinés. Plus de 70 jours que je n'ai pas vu un collègue en vrai. Tout autant de jours que je n'ai pas commandé un plat au restaurant ou une bière au bar. Heureusement que l'apéro quotidien en famille me permet ce doux moment d'hésitation, le temps de choisir entre un verre de Kwak ou un verre de Paix Dieu... Ça fait donc deux semaines que le déconfinement a commencé, une semaine et demi que l'on sait qu'on pourra partir en vacances (en France, pas à l'étranger malgré les appels du pied de l'Espagne) et quelques jours que nous avons la date fortement probable du second tour des élections municipales. Ecrire ce récapitulatif me montre que nous ne sommes pas oubliés, que des nouvelles tombent régulièrement pour dessiner les contours du monde d'après. C'est rassurant surtout que j'ai la nette impression qu'un silence assourdissant entoure les jours à venir.

Peut-être que cette impression est due à mon nouveau mode de confinement. Etant en famille, je ne passe plus mes fins de soirées devant FranceInfo. Cette absence de ressassage des mêmes informations, des mêmes déclarations m'a donné l'impression que notre gouvernement nous avait un peu oublié depuis qu'il nous avait légèrement ouvert la porte le 11 mai dernier. Autre point qui ajoute à cette impression d'abandon, l'absence de mise à jour de la page info-coronavirus du gouvernement. Sa dernière mise à jour est indiquée de façon ostentatoire avec un petit point clignotant. Elle date du 13 mai 2020 à 19h30 ! Il n'y a pas de changement non plus sur la carte de synthèse de l'épidémie dans les départements. Depuis le 7 mai cette carte n'évolue plus. J'ai tout de même un doute sur le fait qu'elle soit toujours mise à jour. Du 30 avril au 6 mai, il y avait des changements de couleur tous les jours. Puis est arrivée la suppression des départements orange et la fixation des régions rouge du nord et de l'est de la France. Pour les habitants de ces régions, rien de neuf sous le soleil, même pas une petite tendance qui viendrait apporter une lueur d'espoir pour le début du mois de juin.

Le gouvernement a promis un nouvel état des lieux la première semaine de juin. Il est donc normal d'attendre. Candidement j'espérais que le 2 ou 3 juin serait la date d'application des nouvelles mesures selon l'avancée ou plutôt le recul de l'épidémie. Ce qui signifiait (dans mon esprit impatient) que cette semaine on aurait déjà des informations à se mettre sous la dent pour esquisser le contour de la deuxième phase du déconfinement. A l'horizon, nous ne voyons toujours rien venir à part le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie...

Nous n'avons donc toujours pas de nouvelle d'une éventuelle évolution des capacités d'accueil de la crèche. Dix semaines que Grande Fille joue seule ou avec ses parents et grands-parents. Heureusement qu'on a migré vers l'Oise, elle a pu retrouver les joies du toboggan (bonheur toujours proscrit à Paris, rappelons le) à défaut de retrouver des camarades de jeu de son âge. Je m'inquiète de plus en plus de la façon dont se passera sa rentrée en septembre si elle finit par rester 6 mois entier rien qu'avec ses parents... La séparation et le changement de rythme risquent d'être violents !

J'espérais aussi avoir un peu plus de nouvelles sur la fameuse restriction des 100 km. Pas spécialement pour moi, maintenant que j'ai bougé à 75 kilomètres de mon domicile. Mes vacances d'été sont prévues pour août. On vient de réserver une semaine en plein département rouge. L'espoir nous fait dire que ces restrictions auront pris fin d'ici là. J'attends la fin des 100 km pour tous mes proches qui aimeraient retrouver leurs habitudes et leurs familles qui dans le sud, qui en Bretagne, qui sur la côte Atlantique. Je l'attends aussi car c'est une des rares consignes dont je ne comprends pas l'intérêt. Je me dis que si son sens est abstrait, il y a des chances qu'elle soit la première à sauter début juin.

Devant cette absence (relative) d'informations, vivement qu'on en sache plus sur les contours de notre prochaine phase de déconfinement. Au pire il y a encore une semaine à attendre. Qu'est-ce que 7 jours quand on en a déjà 70 derrière nous ?

En attendant, une chanson qui me donne toujours la pêche, plutôt utile en début de semaine :

dimanche 24 mai 2020

Contusion

Je viens de finir une semaine assez étrange. C'était la semaine de reprise après une semaine de vacances. Ce devait être une petite semaine grâce au pont de l'ascension. Au final, ce fut une semaine difficile. Une légère contusion musculaire m'a bloqué le haut du dos mardi et j'ai eu le droit à une "deuxième vague" le vendredi. Au revoir footings et balades en forêt, bienvenu à l'arrêt forcé tout en essayant de ne pas rester immobile. Cette douleur ne permet même pas de bien me reposer. Le pire c'est que j'ai l'impression d'avoir réussi à me bloquer le haut du dos les deux fois en écrivant un billet de blog... Un journal de confinement dangereux pour la santé, qui l'eut cru ?

Pendant que je me rétablissais à coup de chaufferette, de douches chaudes et de massage, je suis tombé sur un tweet merveilleux de mon ministre de l'Intérieur préféré. L'homme, surement un peu à cran en attendant la réouverture des boites de nuit, a réagi vivement à une interview de Camélia Jordana dans l'émission "On n'est pas couché". Samedi soir, l'actrice et chanteuse évoquait les violences policières : "Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j'en fais partie. Aujourd'hui j'ai les cheveux défrisés, quand j'ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. Vraiment. Vraiment". C'est sur cette citation que Christophe Castaner réagit en disant que ce sont des propos mensongers !

Tout d'abord cher ministre, un ressenti ne peut pas être mensonger ou du moins ne peux pas être qualifié comme tel par une tierce personne, tout ministre fut elle. La réaction était attendue (et ne s'est pas fait attendre) de la part des community managers des syndicats de police. Ils nous montrent régulièrement l'étendue de leurs bêtises dans leurs commentaires sur Twitter. On aurait pu s'attendre à un peu plus de retenue de la part d'un ministre, mais pas de ce ministre qui a toujours nié l'existence des violences policières...
En octobre 2019, il n'était pas choqué en tant que ministre devant les images d'un policier aspergeant de gaz lacrymo le visage d'un pompier manifestant.
En août 2019, il défendait, voire même décorait, le probable assassin de Zineb Redouane (ou un de ses complices) en disant "qu’on n’accuse pas la police d’avoir tué quelqu’un, qu’on ne la traite pas d’avoir assassiné quelqu’un, ça n’est pas le cas".
Toujours en 2019, alors qu'on lui montrait un policier en train de matraquer la tête d'un gilet jaune, il commentait la scène ainsi : "Il n'y a pas d'image de violence policière, il y a une scène où un policier dans l'action, au moment d'une charge, a effectivement poussé quelqu'un".
C'est aussi ce ministre qui disait sur France Inter : "Arrêtons de parler des violences policières (...) Je ne connais pas de policiers qui attaquent les manifestants" !

Pourtant il n'y a rien de nouveau sur le fait qu'en banlieue les gens ont peur de la police. Sans vouloir faire un rappel des nombreuses bavures et violences volontaires exercées par les forces de l'ordre, on a aussi des traces dans la culture populaire (avec un peu de chance ça parlera un peu mieux à ce gouvernement qui écoute Bigard pour prendre des décisions). Dans La Haine, un flic dit "La majorité des flics dans la rue, ils sont pas là pour vous taper, ils sont là pour vous protéger !" mais un jeune lui répondait déjà : "Ah ouais, et qui nous protège de vous ?".
Plus léger, Jamel évoque aussi cette peur dans son sketch pourquoi tu cours : "Mais pourquoi tu cours? Parce que tu cours. Mais j'cours parce que tu cours! On a qu'à arrêter de courir, alors. Moi, j'ai pas confiance".

La nouveauté vient peut-être que cette crainte s'est propagée dans le reste de la population. Il n'y a presque plus une manifestation sans son lot de violence gratuite de la part de la police. Le large emploi du gaz lacrymo à tout bout de champs (sur des manifestants calmement assis sur un pont, sur des manifestant d'EDF lors d'une manifestation on ne peut plus calme et peu peuplée, etc.), les emplois injustifiés des lanceurs de balles, les constitutions de nasses, les poursuites au sein des hôpitaux et d'autres méthodes ont fait que tout manifestant a aujourd'hui peur de la police lorsqu'il se rend à un rassemblement.
Dans la vie quotidienne, s'il n'y avait pas de problèmes de contrôles au faciès (comme s'en plaint Camelia Jordana), il n'y aurait pas tant de demandes pour la mise en place d'un récépissé, demande formulée également par le Défenseur des droits. Camelia Jordana est tellement dans le mensonge que même la Cour de cassation a confirmé la condamnation de l'Etat pour des contrôles au faciès. La Ligue des Droits de l'Homme a encore déposé une plainte contre le racisme des policiers il y a un mois. La liste de ses communiqués sur le sujet est impressionnante, avec par exemple (et uniquement en 2020) :
  • celui contre la violence des contrôles durant le confinement,
  • celui contre l'emploi des différentes grenades,
  • celui contre le placage ventral (technique fatale pour Adama Traoré, Mohamed Boukrourou, Mohamed Saoud, Lamine Dieng, Abdelhakim Ajimi et Cédric Chouviat).

Non monsieur le ministre de l'Intérieur, il n'est pas mensonger de dire que votre police est violente. Oui elle l'était avant que vous arriviez et elle risque fort de continuer à l'être, surtout si vous et vos successeurs continuez à vous confiner dans votre aveuglement. Il n'est donc pas mensonger et encore moins anormal d'avoir peur de la police.

samedi 23 mai 2020

Comparution

Durant cette période de confinement, j'ai réussi à trouver le temps de lire des livres que je ne lis pas habituellement. Ce sont des livres que je préfère lire pendant mes vacances car ils sont soit beaucoup trop volumineux pour être embarqués dans les transports en commun, soit trop anciens et j'ai peur de les abimer. Ils ont cette fois-ci le point commun de parler de la période communiste et de la comparution de communistes convaincus dans les procès fous voulus par Staline.

Le premier ouvrage, je l'avais commencé l'été dernier (La maison éternelle de Yuri Slezkine aux éditions de La Découverte). Un énorme livre (1 296 pages) racontant toute l'histoire de l'URSS en suivant des dizaines de familles communistes de premier ordre vivant dans ce batiment appelé aussi "Maison sur le quai". Il s'agit d'un immense immeuble construit dans un marécage au coeur de Moscou, prévu pour accueillir les plus grands dignitaires communistes. On y apprend par le détail la façon d'envisager l'éducation (pour que les futures générations soient composées que d'hommes et de femmes parfaits), l'amour et la famille (les différents visions sur le mariage, les nombreux divorces, les familles recomposées), la jeunesse, la culture (l'importance de la littérature et du théâtre et leur utilisation politique). Ce livre suivant les traces de grands communistes, il ne peut pas faire l'impasse sur la folie des purges staliniennes (les 2/3 de l'immeuble auraient été visés à un moment ou un autre). Comment certains font actes de repentance pour avoir oser former des courants minoritaires au sein du parti communiste, comment tous ont vécu dans la crainte de l'arrestation, du procès, de l'emprisonnement et surtout de la déportation, l'importance de l'assassinat de Kirov, des premiers procès de Zinoviev et de Kamenev, de Boukharine). On lit aussi les conséquences pour les familles (femmes et enfants, frères et soeurs) de ces "traitres" à la patrie. C'est un livre grandiose pour quiconque s'interroge sur la vie en URSS selon le modèle communiste car toutes ces personnes n'avaient qu'une seule exigence, vivre et élever leurs enfants comme de bons communistes. Malgré tous ces efforts, ils finissent presque tous coupables, emprisonnés, déportés, exécutés. Je suis toujours fasciné par l'organisation, par la construction de cette volonté de purger tout un pays de ses meilleurs éléments pour asseoir un pouvoir et le rendre incontestable. Je me demande comment les réflexions et les discussions ont évolué pour arriver à un tel résultat.
Dans ce livre Yuri Slezkine compare le communisme aux autres grandes religions qu'il appelle "sectes millénaristes" car tous ont en commun la promesse d'un monde meilleur, la création d'un homme parfait et la construction d'un monde meilleur. En suivant cette comparaison, la vitesse de mise en place du communisme en Russie, les progrès atteints en à peine une génération sont incroyables. Les pertes et les sacrifices le sont encore plus.

Le confinement durant, j'ai enchainé sur l'Aveu d'Artur London. J'ai "hérité" d'une édition que l'auteur avait dédicacée à une communiste résistante et déportée à Mathausen comme lui. Dans ce livre, l'auteur, vice-ministre tchécoslovaque des Affaires Etrangères au début du livre, ancien des Brigades Internationales en Espagne, ancien résistant en France puis déporté en Allemagne, explique l'enfer qu'il endurera pendant 4 ans dans les prisons de son pays. On y apprend les tortures subies durant deux ans pour monter de toutes pièces un procès contre un pseudo centre d'espionnage contre l'Etat puis les conditions de détentions effroyables vécues les deux années suivantes en luttant pour sa libération et la sécurité de sa famille. Dans cet ouvrage, on y voit l'amour et la confiance absolu des militants communistes pour leur parti. On découvre qu'une femme peut demander le divorce car elle préfère vivre comme une bonne communiste plutôt que de vivre aux côté d'un traitre au communisme. J'y découvre qu'à l'époque le PCF était si influent qu'il était acteur d'une diplomatie parallèle avec les "pays frères".
Le plus effrayant est que le procès paraît plus vrai que nature : les accusés sont jugés au sein d'un vrai tribunal, avec un véritable juge, un procureur, ils sont défendus par des avocats. Pourtant ce procès est une pièce de théâtre où chaque acteur récite mot à mot le texte choisi par les émissaires soviétiques. Résultat, la presse couvre le procès et personne à l'extérieur ne peut deviner que les aveux sont faux et que l'issue est truquée. La situation est pire que nos "fake news", nos "ça ne peut être que vrai ils l'ont dit sur facebook" puisque tous les médias de référence ne peuvent que tomber dans le panneau. En lisant ce récit, je ne pouvais m'empêcher de penser que si la situation se reproduisait, nous ne pourrions que très difficilement le savoir. Des lanceurs d'alerte crieraient au complot mais seraient relégués au rang de vulgaires hurluberlus. De sages journalistes décrypteraient le tout et prouveraient par "a + b" le faux complot puisque dans les procès verbaux, dans les récits des journalistes présents, dans les aveux des accusés, tout coïncident. Des hordes de twittos s'acharneraient sur ceux qui reviendraient sur leurs dépositions en ressortant toujours et toujours les mêmes tweets, les mêmes extraits, les mêmes images d'archives. En lisant, je repensais aux Ze et à ces fous, ex soutiens de Hollande et à présent chiens de garde du macronisme. Je me demandais (et me demande toujours) s'ils ont conscience que leur comportement n'est que l'adaptation du stalinisme au XXIe siècle...

Toute cette lecture historique est passionnante. Elle permet aussi de mettre en comparaison l'époque dans laquelle on vit avec ce passé pas si lointain. Dans l'actualité judiciaire du moment, de nombreuses plaintes ont été déposées pour faire comparaitre nos gouvernants devant la Cour de Justice de la République (CJR). Le 20 mai, il y avait plus de 100 plaintes contre le gouvernement ou contre X pour mise en danger de la vie d’autrui (punie d’un an de prison), ou parce que le gouvernement se serait abstenu "volontairement de prendre les mesures permettant de combattre un sinistre de nature à créer un danger ou un risque pour la sécurité des personnes". Je suis un peu gêné par tout ça. Tout d'abord gêné par le fait que cette CJR existe toujours alors que c'était une des promesses de François Hollande d'y mettre fin. Pour cela il aurait fallu qu'on assiste à cette tant attendue tentative de réforme de la constitution qui aurait permis aux étrangers de voter aux élections locales et donc de mettre fin à cette justice d'exception.
Ces plaintes me gênent car si je suis assez convaincu que ce gouvernement n'a pas toujours fait les bons choix ou pas au bons moments, ce n'est pas à la justice de le sanctionner mais aux Français dans les urnes. J'ai l'impression qu'une plainte contre nos ministres (le chef de l'Etat est intouchable) n'aurait éventuellement du sens qu'après la tempête, si des enquêtes montraient qu'il y avait une volonté délibérée de nuire à la santé des Français en leur cachant des informations. Je ne pense pas que la tenue du premier tour des élections municipales ou le non renouvellement du stock de masques soient des pénalement répréhensibles. Je suis plutôt en phase avec Laurence Rossignol quand elle dit qu'"il ne faut pas confondre faute pénale et faute politique. C’est pourquoi je suis favorable à une commission d’enquête parlementaire, qui devra dire ensuite si des infractions pénales ont été commises."

Pour finir sur ce billet "lecture et justice", juste avant ce confinement, j'ai lu la magnifique autobiographie de Henri Leclerc (La parole et l'action, Fayard), avocat pénaliste et ancien président de la Ligue des Droits de l'Homme. Au fil des chapitres, l'homme montre ce qu'est être militant (au PSU et à la LdH). Il y décrit de la plus belle des manières le métier d'avocat, l'ambiance des procès. Je pense que si j'avais lu ce livre étant adolescent, je serais devenu avocat.